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12 Juin 2026

La traumatologie : partir de zéro

Quand j’ai commencé ma carrière à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, du CHU de Québec-Université Laval, il n’y avait pas de programme de traumatologie à Québec. Pourtant, des blessés graves, il y en avait. Beaucoup.

À l’époque, il y avait même des problèmes dans l’hôpital pour leur trouver une place. J’ai vu des médecins se chicaner à l’urgence pour ne pas admettre un blessé dans leur unité. Il faut comprendre qu’un grand traumatisé pouvait occuper un lit pendant des mois. Pour certains services, ça voulait dire moins de place pour leur propre clientèle.

Il a fallu trouver une autre façon de faire. Il a fallu être créatif. Penser en dehors de la boîte, comme on dit.

Créer une équipe

On a donc commencé par créer une petite unité de traumatologie. On a demandé à chaque discipline de nous donner des lits. Ça n’a pas été facile, mais on y est arrivé.

On a aussi mis en place une équipe multidisciplinaire capable de prendre en charge les blessés graves en tout temps.

Ça semble normal aujourd’hui, mais à l’époque, ça n’existait pas.

Un autre défi était de trouver quelqu’un pour coordonner tout ce monde-là. J’avais vu, dans des centres de traumatologie à l’étranger, un modèle qui fonctionnait très bien. Il y avait une personne clé, le « trauma coordinator ». Souvent, c’était une infirmière expérimentée capable de parler autant aux médecins qu’aux physiothérapeutes, aux ergothérapeutes et à tous les autres professionnels impliqués dans les soins.

Quand on a implanté ce modèle ici, ça a brassé.

Certains médecins acceptaient difficilement cette nouvelle structure. Ça a soulevé des protestations. Mais avec le temps, les gens ont compris que personne ne pouvait faire ça seul. Tout le monde devait travailler ensemble, pour assurer la survie des patients.

Une responsabilité unique

À l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, on recevait les blessés graves de la Côte-Nord, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de Chaudière-Appalaches, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. On avait l’une des plus fortes concentrations de victimes de traumatismes graves au Québec.

La traumatologie est différente de plusieurs autres spécialités. Le patient n’arrive pas sur rendez-vous. Il se présente à l’improviste. Parfois, il faut l’opérer dès son arrivée parce qu’il saigne ou parce qu’il est en train de mourir. On n’a pas toujours les conditions idéales. Rarement en fait. Mais en traumatologie, on n’a pas le choix.

Des résultats exceptionnels

Une étude réalisée en 1999 par le professeur John Sampalis a permis de mesurer le progrès en traumatologie. Au début, le taux de mortalité des blessés les plus graves était de 52 %. Aujourd’hui, ce taux est de 6 % pour des patients qui présentent des blessures tout aussi sévères. C’est un succès immense.

À mon avis, c’est l’une des grandes réalisations de la médecine moderne pour les blessés graves. Derrière ces chiffres, il y a des vies sauvées. Il y a aussi des personnes qui retrouvent leur autonomie et qui vivent avec beaucoup moins de séquelles qu’autrefois.

Je vous invite à découvrir l’histoire de Sarah-Maude, une polytraumatisée, sauvée en 2016 par l’équipe de traumatologie du CHU de Québec-Université Laval, grâce à son expertise et son sang-froid. Si Sarah-Maude avait eu son accident dans les années 90, elle serait morte.

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Une immense fierté

J’ai travaillé avec des équipes extraordinaires qui ont contribué à bâtir cette expertise année après année. Le programme de traumatologie n’aurait jamais connu un tel succès sans la collaboration d’une multitude d’intervenants, à tous les niveaux.

Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes qui m’ont soutenu, de près ou de loin, dans cette course contre la montre.

Évidemment, je ne peux pas m’attribuer seul le mérite de ces résultats. Par contre, je peux dire une chose : j’en suis fier. Très fier.

J’ai eu une carrière extrêmement intéressante. J’ai aimé ce travail du début à la fin et j’ai eu le privilège de voir naître, puis grandir, un système qui a permis à des milliers de blessés graves de recevoir de meilleurs soins et d’avoir une meilleure chance de survivre.

Dr Pierre Fréchette
Père de la traumatologie
CHU de Québec-Université Laval

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